Montreal Community Magazine: 2 SOLITUDES : Revue de la Communauté de Montréal - http://www.2solitudes.com
Emile Nelligan
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Antonin Tittley
Ma parole, comme celle d'un "prophet", mettera le feu à vos consciences. 
by/par Antonin Tittley
Published/Publié 07/1/2007
 

Naissance d'Émile Nelligan à Montréal, le 24 décembre1879, au 602, rue Lagauchetière. Il est le premier enfant de David Nelligan, employé aux postes, et de Émilie Amanda Hudon. Il aura deux soeurs: Béatrice Éva, née le 28 octobre 1881 et Gertrude Fréda, née le23 août 1883.


Vaisseau d'or

Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l'or massif :
Ses mâts touchaient l'azur, sur des mers inconnues ;
La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues,
S'étalaient à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d'Or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu'est devenu mon coeur, navire déserté ?
Hélas! Il a sombré dans l'abîme du Rêve!


Christ en Crox

Je remarquais toujours ce grand Jésus de plâtre
Dressé comme un pardon au seuil du vieux couvent,
Echafaud solennel à geste noir, devant
Lequel je me courbais, saintement idolâtre.

Or, l'autre soir, à l'heure où le cri-cri folâtre,
Par les prés assombris, le regard bleu rêvant,
Récitant Eloa, les cheveux dans le vent,
Comme il sied à l'Ephède esthétique et bellâtre,

J'aperçus, adjoignant des débris de parois,
Un gigantesque amas de lourde vieille croix
Et de plâtre écroulé parmi les primevères;

Et je restai là, morne, avec les yeux pensifs,
Et j'entendais en moi des marteaux convulsifs
Renfoncer le clous noirs les intimes Calvaires !


5 O'clock

Comme Litz se dit triste au piano voisin !

............................

Le givre a ciselé de fins vases fantasques,
Bijoux d'orfèvrerie, orgueils de Cellini,
Aux vitres du boudoir dont l'embrouillamini
Désespère nos yeux de ses folles bourrasques.


Comme Haydn est triste au piano voisin !

............................

Ne sors pas ! Voudrais-tu défier les bourrasques,
Battre les trottoirs froids par l'embrouillamini
D'hiver ? Reste. J'aurais tes ors de Cellini,
Tes chers doigts constellés de leurs bagues fantasques.

Comme Mozart est triste au piano voisin !

.............................

Le Five o'clock expire en mol ut crescendo.
-Ah ! qu'as-tu ? Tes chers cils s'amalgament de perles.
-C'est que je vois mourir le jeune espoir des merles
Sur l'immobilité glaciale des jets d'eau.


.....sol, la, si, do.


--Gretchen, verse le thé aux tasses de Yeddo.